JEAN-CLAUDE VAN DAMME
Le cinéma d’action selon JCVD
Star de ce dérivé du cinéma d'action hollywoodien qu'est le film de karaté, Jean-Claude Van Damme voit sa côte chuter, ses vrais fans restant les amateurs de full contact. Il souffre finalement de rester fidèle à une forme de cinéma B. Au contraire, les grosses pointures de l'action à grand spectacle comme Schwarzenneger, Stallone, Willis ou Gibson ont toujours tenté d'élargir leur public en lorgnant vers la comédie ou des intrigues plus psychologiques. Gérant leurs carrières avec soin, ils s'adaptent au marché (en particulier à la montée du spectacle familial ou de l'autodérision systématique).
Van Damme, lui, ne s'est pas adapté. Mérite-t-il pourtant le mépris médiatique qu'il subit actuellement ? Sans tomber dans une intellectualisation forcenée, il me semble qu'il marque des points là où d'autres ne font que des compromis commerciaux.
Tout d'abord, une petite mise au point : ce qui lui est le plus souvent reproché sont ses prestations télévisuelles désastreuses. C'est vrai, il passe mal mais là n'est pas sa place, c'est sur un grand écran que s'apprécie une vedette d'action. Ensuite, son jeu si critiqué tend à s'améliorer. Sans expression au début de sa carrière, il s'affine aujourd'hui ( il faut préciser que les productions dans lesquelles il jouait il y a 10 ans ne demandaient aucune finesse d'interprétation). De plus, s'il n'a pas l'élégance du jeu, il a celle du mouvement. En effet, il est un athlète avant tout. Le talent d'un acteur de karaté se mesure plus à la façon dont il bouge qu'à celle dont il parle. Par là, Van Damme montre son appartenance au cinéma de genre et il a le mérite de l'assumer.
En outre, il s'est récemment illustré par des choix de réalisateurs intéressants. Si les films réalisés par Peter Hyams (Timecop et Sudden Death) se sont révélés décevants, la star a eu l'intelligence de chercher des cinéastes d'action, de s'améliorer dans son créneau. Peu de vedettes ont eu la même démarche (s'il n'était pas ami avec Cameron, que serait la filmographie de Schwarzenneger ?).
Cherchant les meilleurs cinéastes du genre, Van Damme est allé prospecter hors des USA. C'est ainsi qu'il a tourné ces dernières années sous la direction de trois des plus passionnants réalisateurs de Hongkong (là où se fait le seul cinéma d'action capable de rivaliser avec Hollywood). Ceux-ci ont joué allègrement sur son image de héros, donnant du coup un nouveau relief à sa carrière.
Le premier sera John Woo avec Hard Target. Ce film, produit par le génial Sam Raimi est un Jeu où le héros d'action est la cible durant la plus grande partie du métrage. Méprisé par la critique, c'est pourtant une formidable série B qui déconstruit le genre en faisant des méchants qui paient pour assister à une chasse à l'homme une métaphore des spectateurs de films d'action. De plus Woo, en grand styliste, crée un visuel flamboyant qui achève de faire de Hard Target un bijou du genre.
Deux ans plus tard, Ringo Lam réalise Maximum Risk et continue de mettre à mal l'image de sa star. Son premier essai américain est une série noire agrémentée de scènes spectaculaires dans laquelle Van Damme est un policier découvrant qu'il a eu un frère caché gangster. Lam insiste sur le côté sombre du héros d'action en en faisant une brute lors d'un final dantesque dans une chambre froide (on pense parfois à l'aspect crépusculaire du western italien).
Enfin, Van Damme a joué dans le dernier film de Tsui Hark Double Team. Cette œuvre qui semble assez chaotique au premier abord (et n'est pas exempte de maladresse), est constamment tentée par l'univers du jeu vidéo. Avec une cruelle ironie, Hark fait donc évoluer le personnage monolithique de Van Damme dans un univers proche du fantastique où le temps et l'espace ne semblent pas avoir de réalité. Il offre tout de même un cadeau à l'acteur en lui faisant rejouer le combat final de Bruce Lee dans la fureur du dragon.
Sans prétendre qu'il n'interprète que de bons films, on sera gré à Jean-Claude Van Damme de perpétrer une tradition de série B intelligente, à l'heure où l'on aimerait voir le cinéma américain prendre les genres plus au sérieux. En rêvant, on peut songer au parcours d'un immense acteur qui a su faire évoluer un personnage unidimensionnel vers des horizons passionnants : un certain Clint Eastwood.