J’aime bien les gens intelligents
Après une carrière en
dent de scie, Jean-Claude Van Damme revient sur le devant de la scène,
notamment dans un clip de Bob Sinclar où il incarne un danseur de tango. Et si
karaté et entrechats n'étaient pas si éloignés que ça ? Confidences du
belge le plus élastique de la planète.
Par
Julien Rigoulot le 22 mai 2003
Sans trop qu'on arrive à comprendre pourquoi, la
stratégie de reconquête du public mondial entreprise par Jean-Claude Van Damme
passe par le vieux continent. Jean-Claude, dont les films sortent de plus en
plus souvent en vidéo-club sans passer par la case cinéma, fourmille donc de
projets tous plus dingues les uns que les autres : selon une information
publiée récemment par Le Parisien, il devrait prochainement apparaître dans une
adaptation filmée du Lac des Cygnes produite par le ballet national anglais. Il
faut savoir que Jean-Claude a, en parallèle au karaté, suivi une formation de
danseur classique durant sa jeunesse. Autre projet annoncé : sa participation
à Nice People, le programme de télé-réalité de TF1 dans lequel une star est
invité pendant une semaine à partager le
quotidien des branleurs de la Villa. Ces initiatives font suite à deux autres
projets ayant la France pour terre d'asile. Ce mois-ci, Canal Plus a en effet
diffusé un documentaire intimiste, Dans la peau de Jean-Claude Van Damme, qui
nous dévoilait l'acteur sous un autre jour. Ce travail respectueux, loin de
l'ironie qui caractérise généralement le rapport des médias à l'acteur, nous
fait découvrir un JC sensible, apaisé, ayant visiblement pris de la distance
avec ses propres démons -au premier rang desquels la drogue.
Jean-Claude la main froide
Dans ce docu' (encore diffusé
actuellement sur Canal +), Jean-Claude évoque ses erreurs passés, ses pétages
de plombs, sa passion pour le cinéma née après avoir vu Laurence d'Arabie quant
il était petit, le tout avec une sincérité touchante. Entre autres confidences,
il se dit bien décidé à relancer sa carrière, rêvant d'incarner un rôle
mythique à la Luke la main froide. Mais dernièrement, c'est dans un clip de Bob
Sinclar qu'on a pu le voir. L'artiste French touch cherchait une star pour
incarner un fougueux danseur de tango à l'écran sur son titre polysémique Kiss
my eyes. Après que la boîte de production Cosa ait pensé au tandem Carole
Bouquet/Alain Delon, Bob Sinclar a eu un flash : « Ce sera
Jean-Claude Van Damme ! » Immédiatement séduit par le projet,
Jean-Claude a accepté. « Au début, j'avais un peu peur, explique Julien
Rigoulot, boss de Cosa. Je devais superviser le tournage au Canada et je me
disais que j'allais avoir affaire à une star hystérique. Mais Jean-Claude est
quelqu'un d'hyper respectueux, un vrai pro. En deux heures, il a réussi à
intégrer toute la chorégraphie. Au delà de ce projet artistique, c'est
quelqu'un qui m'a vraiment touché, une personne très humaine avec une folle
énergie, loin de l'image de gros lourd que les médias en donnent
généralement. » Pour participer à sa façon au rétablissement de la vérité,
Julien Rigoulot a tourné en DV, en marge du clip, une petite interview dans
laquelle le karatéka belge se montre étonnamment introspectif, plein de finesse
et de bon sens. Loin du discours formaté des stars hollywoodienne, il se laisse
aller aux idées qui lui passent par la tête, accompagnant ses propos par une
gestuelle toujours imagée mais moins épileptique qu'à l'accoutumée. L'interview
va démarrer, Jean-Claude s'installe et s'entortille les jambes dans le fil du
micro. « Et ch'suis pas trop loin la caméra ? » s'inquiète la star
avant de rassurer son interlocuteur : « Ca va être bien comme
interview.....avec un mec comme toi...pas de problème…je te fais confiance, tu
peux me faire confiance. » Ils se désentortille et se rassoit.
« Ch'suis pas un traître. J'ai eu beaucoup de problèmes dans la vie...j'ai
pris un peu les...parce que j'étais tellement...tu sais quand t'aimes
quelqu'un... » La phase d'installation se poursuit. Julien Rigoulot lui
dit qu'il le considère comme un poète. Jean-Claude répond : « Ouais, ouais,
enfin un poète, je dis ce que je pense du mieux que je peux. Et pis t'as des
gens qui savent pas s'exprimer comme moi. C'est grave, on a aussi du
feeling. » L'interview commence.
Julien Rigoulot :
« Qu'est-ce qui t'a motivé pour faire ce clip ? »
Jean-Claude Van Damme :
« Premièrement, c'était ma toute première vidéo musicale, donc c'était
quand même intéressant. En plus, la musique était très bonne. Quand j'ai reçu
le cidi de Bob Sinclar à la maison, j'étais quand même impressionné par sa
présentation de lui-même, cette chose qu'il a créé avec lui-même. En plus, il
est vrai dans ses émotions. C'est un garçon formidable. Mais j'ai décidé tout
ça avant de vous voir et j'étais vraiment très content quand j'ai rencontré
l'équipe qui a vraiment renforcé ce que j'appelle mon feeling, ma chose, ce que
j'ai senti. Alors, c'est pour ça, donc, que j'ai accepté la vidéo. »
J.R : « Le Jean-Claude
Van Damme danseur et le Jean-Claude Van Damme combattant, c'est
pareil ? »
JCVD : « (temps de
réflexion) Un combattant ou un danseur ou un homme qui marche ou une femme dans
la rue doit contrôler ses mouvements pour le mieux de lui-même. C'est-à-dire
que ça m'a beaucoup aidé avec mon entraînement de karaté, question d'équilibre.
Je veux dire, même les gens qui n'ont pas fait de danse ou de karaté peuvent
adopter une marche ou une danse, enfin quelque chose de physique, à leur
anatomie. Ca a l'air un peu (Jean-Claude mime des guillemets avec ses doigts)
« deep » comme conversation, mais je veux aider les gens à se sentir
bien : si un mec est court, il doit agir de manière assez court, tu vois.
Si un mec est grand, dans une danse, il doit moins se courber, se pencher, tu
vois. Il a déjà une allure de grandeur. Il faut quand même adapter un style à
son anatomie. Mais disons que la danse et le karaté m'ont beaucoup aidé. »
J.R : « Tu as fait de la
danse déjà avant ça ? »
JCVD : « J'ai commencé
la danse à 16 ans…euh, non, à 13 ans… à 16 ans…de la danse classique. Et ça m'a
beaucoup aidé pour le karaté, pour la dextérité, pour la grâce et pour la
souplesse. La différence entre la danse et le karaté, c'est que la danse est
très classique, très établie. Les épaules doivent toujours être vers le bas,
les hanches droites tandis que dans le karaté tu peux tu peux utiliser ton
mouvement de corps pour gagner une certaine distance dans tes combats. Mais la
danse et le karaté sont de très bons partenaires. »
J.R : « Es-tu prêt à
changer de style, à faire un film d'auteur français par exemple ? »
JCVD : « Ca serait
super, mais il faut d'abord que les gens…tu sais, quand tu sors sur les médias
de temps en temps…j'ai tendance à m'exprimer…je vais sauter sur un dialogue,
là…j'ai tendance à m'exprimer trop vite, avec trop de passion parce que j'aime
aider les gens, tu vois, de nature. Alors, il faut d'abord qu'un auteur
français vienne me voir, qu'il comprenne le vrai Van Damme. J'ai eu une image
pendant une trentaine de films qui était très répétitive. Je suis parti aux
USA, j'avais pas vraiment un background de théâtre. Je suis venu avec mon
karaté, tu vois, donc avec un style, avec une image qui était
« bankable », tu vois, pour les banques. Et je me suis un peu embêté,
tu vois. J'aimerais bien faire des films plus profonds, un peu plus complexes,
disons un peu plus intelligents. J'aime bien les gens intelligents (sourire
puis long temps de réflexion). Mais on a passé un temps super et j'ai remarqué
une chose : c'est que mon directeur Denis, qui est français, qui m'a rendu
un gars avec le « suit ». C'était un autre Van Damme. »
J.R : « Es ce que tu as
envie que les gens voient un nouveau Van Damme aujourd'hui ? »
JCVD : « Euh j'aimerais
bien que les gens voient un Van Damme qui progresse, qui s'améliore et
j'aimerais bien que, moi, je vois des gens autour de moi qui s'améliorent parce
que tous les jours on peut se rappeler à recréer quelque chose de mieux en
nous. Et si on peut le faire chaque jour, une chose seulement, c'est quelque
chose de formidable. Même le progrès de la réussite. Il ne faut pas avoir peur
de la réussite. Si on devient riche, on peut devenir généreux et on peut aider
beaucoup de gens. Voilà. »
« C'est pas un peu trop
deep ? »
Fin provisoire de l'interview.
Jean-Claude se lève et s'interroge : « Cool, cool, cool !
C'était pas un peu deep comme conversation ? ». « Non, pas du
tout ! », répond son interviewer. Quelques centimètres de bande plus
loin, Jean-Claude se rassoit pour disserter à nouveau sur les rapports entre
danse et karaté. JCVD : « Oui, très bon exemple, Mohammed Ali,
Cassius Clay. Il dansait et il frappait en même temps. Il avait une danse et
c'était beau à voir, non ? La grâce pure. Et dans mes combats, dans
Bloodsport par exemple, il y avait ce mélange entre la danse et la force. Quand
tu peux apporter de la force et de la grâce, you have Mohamed Ali. That's it ! »
Julien Rigoulot le 22 mai 2003
Merci à Jean Perrier et à Robert Gonzalez
pour leur aide